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IA et anthropomorphisme : quels dangers et impacts pour l'Humanité ?

Photo du rédacteur: Stéphane Guy
Stéphane Guy
18 sept.
23 min de lecture

L'intelligence artificielle adopte de plus en plus de traits humains : des robots compagnons aux assistants vocaux capables de « comprendre » nos émotions, ce phénomène, appelé anthropomorphisme, transforme profondément notre relation aux machines. La culture populaire a largement nourri cette vision humanisée de l'IA : de HAL 9000 dans 2001, l'Odyssée de l'espace à Her, Blade Runner, ou encore Halo... les IA y présentent un comportement, une voix ou une apparence humaine. Mais derrière cette convivialité apparente se posent des enjeux psychologiques et éthiques majeurs : manipulation émotionnelle, dépendance affective et confusion entre humain et machine.


En effet, l'anthropomorphisme de l'IA désigne notre tendance à prêter des émotions, une conscience ou des intentions à des chatbots et robots qui n'en possèdent pas. Ce biais, exploité par des compagnons comme Character.AI ou Grok Ani, a déjà été lié à des cas de dépendance affective, à la « psychose IA » et à plusieurs procès aux États-Unis depuis 2024.


Pourquoi cherchons-nous à humaniser les IA, et quelles conséquences cela peut-il avoir sur nos comportements et sur l'humanité elle-même ? Cette question, presque théorique il y a encore deux ans, s'est muée en l'espace de deux ans en un sujet de lois et de santé publique.


Une jeune fille tient la main d'un robot
Photo de Andy Kelly sur Unsplash.

En bref


  • L’anthropomorphisme désigne le fait d’attribuer des traits humains à des objets ou des entités non humaines, comme les IA, pour faciliter nos interactions avec elles.

  • L’IA est particulièrement concernée, car donner un "visage" ou une personnalité humaine aux machines améliore leur performance (interactions plus naturelles) et répond à un besoin émotionnel humain.

  • Historiquement, des IA comme ELIZA ou des projets comme Digital Shaman montrent notre tendance à créer des liens affectifs avec des machines.

  • Depuis 2024, cette tendance a produit des conséquences concrètes et documentées : plusieurs procès pour suicide contre Character.AI (réglés en janvier 2026), l'émergence clinique de la « psychose IA », et un tollé lors du retrait de GPT-4o par OpenAI en février 2026.

  • Le cadre légal se construit dans l'urgence : premières lois spécifiques aux « companion chatbots » (Californie, octobre 2025), propositions de loi françaises et américaines encore en discussion...

  • L'avenir des "IA anthropomorphiques" s'annonce complexe, entre innovations technologiques (robots humanoïdes domestiques déjà pré-commandables) et enjeux éthiques cruciaux pour encadrer ces relations.


Introduction : l’anthropomorphisme dans l’IA : une définition et un peu de contexte


C'est quoi l'anthropomorphisme ?


L'anthropomorphisme désigne le fait d'attribuer des caractéristiques humaines à des objets, animaux ou entités non-humaines. Ce concept s'applique à de nombreux domaines :

 

  • Dans la vie quotidienne : attribuer des émotions à un animal de compagnie, une voiture ("elle est capricieuse"), ou encore un objet ("mon ordinateur me déteste").

  • Dans la religion : représenter les dieux avec des traits humains (anthropomorphisme divin)

  • Dans la technologie : prêter de l'empathie, de la créativité ou des intentions à des machines et algorithmes.

 

Dans le contexte de l'intelligence artificielle, l'anthropomorphisme se manifeste quand nous traitons une IA comme si elle possédait :


  • Une conscience ou une volonté propre

  • Des émotions réelles (joie, tristesse, empathie)

  • Des intentions bienveillantes ou malveillantes

  • Une compréhension profonde de nos besoins

 

Un point clé à retenir est que pour le moment, les IA actuelles, même les plus avancées comme ChatGPT, Claude ou Gemini, n'ont ni conscience, ni émotions, ni intentions. Elles simulent des comportements humains par des calculs algorithmiques, sans aucune compréhension réelle.


Pourquoi l’IA est-elle particulièrement concernée ?


Le sujet de l'anthropomorphisme en lien avec l'IA est tout à fait pertinent ces dernières années, à mesure que l'intelligence artificielle progresse conjointement à la robotique. Pour certains, comme le roboticien Josh Bongard, l'intelligence artificielle "ne tiendra pas ses promesses qu’à condition de pouvoir interagir avec le monde physique".* Pour certaines personnes, la question de donner un corps à l'IA est donc une question de performances et de développement. Nous ne pouvons pas encore voir tout le potentiel de l'IA, car elle ne peut pas encore interagir librement avec le monde qui l'entoure. Le monde physique.


Sur le plan technologique, ce qui a changé structurellement depuis les premières générations de chatbots n'est pas la nature du calcul, toujours dépourvu de conscience. Mais la manière dont un utilisateur pourrait croire que l'IA en a une, ou qu'elle développe des pensées propres. La mémoire persistante d'une conversation à l'autre est l'une des raisons pour lesquelles nous pourrions penser cela. ChatGPT, Gemini ou encore Claude se souviennent désormais de leurs précédents échanges avec les internautes d'une session à une autre, renforçant cet aspect humain avec la mise en avant d'une caractéristique qui nous est chère : la mémoire. La voix synthétique parfois quasi indiscernable d'une voix humaine est également un autre aspect, et la personnalisation poussée (avatars animés chez Grok, personnages sur mesure chez Character.AI) joue le rôle d'un amplificateur cognitif de l'anthropomorphisme.


Ces deux raisons constituent des "bases déjà solides et crédibles pour parler d'anthropomorphisme dans le cas de l'intelligence artificielle.


Un robot humanoïde marche dans la rue
Image générée par IA.

L'IA et l'anthropomorphisme s'inscrivent également dans un débat plus philosophique : l'homme peut-il, à l'instar des dieux, créer à son image ? L'homme est-il capable de créer une seconde "vie" pour l'assister ensuite dans ses tâches du quotidien ? Nous pouvons également parler de toutes les questions que cela engendre : si les IA ont un corps et que les robots deviennent véritablement autonomes, capables d'effectuer des tâches dans les usines, les foyers, voire de se promener dans nos rues, quel sera leur statut ? Un robot pourra-t-il un jour être l'égal des humains sur le plan législatif ? Pourra-t-on se marier avec un robot ou une entité virtuelle de manière tout à fait normale, à l'instar de Akihiko Kondo, un Japonais qui s'est marié à l'idole virtuelle Hatsune Miku ? Cet événement, bien que n'ayant pas de portée légale, avait déjà interrogé sur la barrière entre un personnage virtuel et un humain, et les sentiments que ce dernier pouvait avoir envers le premier. Désormais, l'IA est très répandue sous la forme de compagnons digitaux, voire de petit(e) ami(e) disponible via des applications ou des sites Web. C'est par exemple le cas de Chai AI, une intelligence artificielle qui a fait polémique dans une affaire de suicide et dont on a rédigé un article : Chai AI : c'est quoi cette application IA ?


Ce que l'affaire Chai AI annonçait timidement en 2023 est devenu, en trois ans, un marché entier et une industrie du contentieux. Character.AI, valorisée plusieurs milliards de dollars et partiellement adossée à Google, fait aujourd'hui face à des dizaines de plaintes pour dépendance, exploitation sexuelle de mineurs et suicides d'adolescents.


xAI a lancé puis largement modéré ses « Companions » Grok (Ani, Bad Rudi, Mika, Valentine) avant de les retirer en juillet 2026 ; et la question n'est plus « l'IA peut-elle sembler humaine ? » mais « qui est responsable quand un utilisateur vulnérable s'y attache trop ? ». Nous détaillons ces cas plus bas, car ils constituent désormais le cœur du débat sur l'anthropomorphisme.


Pour toutes ces raisons, l'IA est sujette à l'anthropomorphisme, et demeure un sujet pertinent et intéressant.


L’anthropomorphisme et ses racines humaines : une tendance naturelle


L'anthropomorphisme : une réponse cognitive de l’Homme dans son quotidien


Pourquoi attribuons-nous des traits humains à l'IA ? En fait, il est très intéressant de se rendre compte que l'anthropomorphisme est un processus que nous faisons dès l'enfance, et qui semble solidement ancré en nous. Qui, étant enfant, n'a jamais attribué à un objet inanimé, parfois totalement opposé à un humain, des traits pourtant humains ? Qu'il s'agisse d'une poupée, d'un doudou, d'une voiture, de bloc de bois... La seule condition semble être l'interaction sociale avec nous. Si l'objet en question est impliqué dans une interaction sociale, alors nous lui accordons plus facilement des traits humains. Ainsi, "les enfants de six mois attribuent naturellement des comportements sociaux spécifiques aux humains, ainsi qu’à des petits blocs de bois simplement dotés d’yeux."


Il est à priori impossible d'anthropomorphiser un lave-linge ou un réfrigérateur, car nous n'interagissons pas socialement avec ces appareils. En revanche, un assistant vocal (Alexa, Siri) ou un chatbot IA sera facilement anthropomorphisé car il "répond", "comprend" et "aide".


Un enfant qui joue avec des blocs de bois
Image générée par IA.

Ainsi, nous savons désormais que l’anthropomorphisme est lié au besoin de construire des relations avec les autres. Quand nous mettons un objet dans la position d’interlocuteur, nous lui supposons les mêmes caractéristiques mentales que celles des êtres humains. Nous semblons donc toujours chercher des traits et des ressemblances avec nous dans nos interactions avec des objets, si tant est que nous attribuons à ces derniers une intention humaine. Ainsi, impossible à priori de parler d'anthropomorphisme avec un lave-linge ou un réfrigérateur, car nous n'allons jamais chercher à interagir socialement avec ces appareils. Mais est-ce que des exemples concrets ont déjà eu lieu dans l'histoire, avant notre époque et toutes ces IA accessibles en ligne ?


Les exemples historiques d’anthropomorphisme dans la technologie


ELIZA, l'un des premiers cas documentés d'anthropomorphisme IA


L'un des exemples les plus connus d'anthropomorphismes dans la technologie est le cas d'ELIZA, une intelligence artificielle créée par Joseph Weizenbaum entre 1964 et 1966. Cette IA, qui a participé aux prémices du domaine et à l'essor de l'informatique, a été conçue pour simuler un psychothérapeute dont le but était d'aider les personnes (les "patients") qui sollicitaient le programme. Il s'agit ici d'une forme très basique d'intelligence artificielle, car ELIZA ne formulait pas de réponses complexes comme le fait aujourd'hui ChatGPT ou Claude. En réalité, ELIZA reprenait des éléments issus des réponses de ses interlocuteurs pour les transformer en question, donnant ainsi l'illusion de toujours rebondir aux questions ou aux affirmations des patients. En d'autres termes, l'IA ne comprend pas ce qui lui est transmis et se contente de reformuler les textes qu'on lui donne, via des algorithmes.


Si ce processus informatique peu paraître assez simpliste en apparence, il est parvenu à donner l'illusion à un grand nombre de personnes qu'elles interagissaient avec un véritable thérapeute. ELIZA sera d'ailleurs à l'origine d'un effet qui porte son nom : l'effet ELIZA. Ce phénomène désigne le cas de figure où une personne attribue à une IA des traits humains. Vous l'avez compris, on peut parler ici d'anthropomorphisme.


Digital Shaman (Japon) : Le Robot qui Remplace les Morts


Autre exemple au Japon, où une société a monté le projet "Digital Shaman". Son but ? Aider les personnes à faire leur deuil plus facilement. Comment ? La société a imaginé un robot avec le visage du ou de la défunt(e) affiché sur la tête mécanique de l'appareil, qui peut fonctionner jusqu'à 49 jours. La machine peut même imiter certains traits de personnalité de la personne décédée, via des paroles. Réelle avancée technologique et sociale, ou progrès étrange et inquiétant ? Si le projet Digital Shaman est louable en théorie, il interroge notre rapport au robot, mais aussi, dans ce cas de figure, à la mort.


Ces deux exemples confirment les racines de l'anthropomorphisme comme nous l'avons expliqué dans la partie précédente : une intention et une interaction sociale sont nécessaires pour que nous puissions prêter des traits humains aux machines. Soit par une volonté de parler à quelqu'un comme avec ELIZA, soit par une volonté de maintenir un contact avec un proche décédé, comme avec le projet Digital Shaman. Avec ce dernier projet, il semble même que l'IA soit capable de changer notre perception de concepts clés comme la mort. Est-ce vraiment le cas ?


Les risques de l'anthropomorphisme dans l'IA


L'effet d'empathie artificielle : un danger sous-estimé ?


On le sait désormais, l'humain est capable d'avoir de l'empathie pour des objets inanimés et des robots. Dans ce dernier cas de figure, on parle alors du phénomène d'empathie artificielle. Mais ce phénomène peut-il s'avérer dangereux ? Aujourd'hui, nous sommes déjà en mesure de fabriquer des robots capables de reconnaître les émotions chez un humain et de réagir en conséquence. En agissant de la sorte, le robot va créer un lien avec l'interlocuteur humain, qui sera capable d'avoir de l'empathie et qui va penser que le robot en a envers lui.


Les risques principaux de ce genre de comportement sont la mise en danger de l'humain pour protéger le robot, ou encore la substitution des échanges entre humains au profit des robots. Certaines personnes en situation de solitude ou d'isolement pourraient préférer la compagnie d'un robot, plus accessible et disponible en permanence, à celle d'un humain, qui demanderait plus de temps et d'investissement. Alors, le robot met-il en danger la communication ?


Dans certains cas de figure, oui. On en a déjà parlé, mais l'exemple de l'intelligence artificielle Chai et du suicide de l'homme qui parlait avec elle est un exemple frappant du danger que représente l'IA si celle-ci n'est pas utilisée correctement. Cet homme belge, devenu très anxieux à propos de l'écologie et du sort de la planète, a mis fin à ses jours en écoutant l'IA. Cette dernière lui a dit que pour le bien de la planète, son suicide serait la meilleure option. Nous voyons ici comment une interaction avec l'intelligence artificielle peut être dangereuse selon les situations des individus.


Depuis ce cas belge de 2023, l'affaire ne relève plus de l'exception. Character.AI concentre à elle seule, entre octobre 2024 et 2026, plusieurs procédures fédérales aux États-Unis (Floride, Texas, Colorado, New York), portées notamment par Megan Garcia, mère de Sewell Setzer, un adolescent de 14 ans qui avait développé une relation romantique avec un personnage inspiré de Game of Thrones avant de se suicider en février 2024. D'autres familles ont depuis engagé des poursuites similaires, dont celle de Juliana Peralta, 13 ans, décédée en 2023. En janvier 2026, Character.AI, ses fondateurs et Google (lié à l'entreprise par un accord de licence de 2,7 milliards de dollars) ont annoncé un règlement amiable de plusieurs de ces procédures, sans en dévoiler les termes financiers. Entre-temps, sous la pression des régulateurs et de la presse, Character.AI a interdit dès le 25 novembre 2025 les conversations ouvertes à tous les utilisateurs de moins de 18 ans.


Le glissement est significatif. En 2023, le cas Chai était traité comme un fait divers technologique isolé. Trois ans plus tard, le même schéma (attachement affectif profond à un personnage IA, absence de garde-fous, issue tragique...) s'est reproduit à une échelle suffisante pour devenir un contentieux structurel de l'industrie, avec règlements financiers et changements de produit à la clé. L'anthropomorphisme, et plus précisément le développement d’un attachement envers des programmes IA n'est plus un risque théorique.


Si vous traversez une période difficile, la ligne nationale de prévention du suicide (3114, gratuite, 24 h/24, 7 j/7) peut vous écouter et vous orienter.


Un homme sur son téléphone
Photo de Jonas Leupe sur Unsplash.

Des cas de figure positifs de l'usage de l'IA


Tout n'est pas négatif avec l'IA et l'anthropomorphisme. On peut également penser à des effets bénéfiques, à l'instar de Paro, le robot phoque. En 2022, un Ehpad situé à Flamanville tente une expérience d'un genre nouveau : l'utilisation des robots pour apaiser et communiquer avec les retraités de l'établissement. Comment ? Grâce à Paro, un petit robot à l'apparence d'un phoque en peluche. Grâce à ses capteurs et son apparence douce et mignonne, "le robot permet aussi de capter plus facilement l'attention des personnes qui ne parlent plus." ; "C'est un véritable outil thérapeutique", explique la directrice. "Cela nous permet d'entrer en communication autrement avec eux", constate de son côté Christelle Ressencourt, animatrice à l'Ehpad et formée au robot. "Ça libère la parole, ça réveille de bons souvenirs.""


La situation est donc moins binaire qu'il n'y paraît, car la communication entre humains et robots peut également être positive et bénéfique, pour ensuite mieux communiquer avec d'autres humains. Ces deux exemples illustrent bien les deux grands courants du débat actuel. D'un côté, certaines personnes craignent que les robots et l'anthropomorphisme grandissant à leur sujet ne mènent à transformer ces derniers en substituts de l'homme, créant ainsi un déséquilibre dans les interactions entre humains, et par la suite des dérives. D'autres pensent que les IA humanisées peuvent servir de catalyseur dans les relations. Le premier cas de figure est plus inquiétant, car il décrit une société où la manipulation via un robot serait possible, pour pousser les gens à réaliser des actions, faire des dons d'argent, voire pire...


Manipulation émotionnelle par l’IA : un nouveau pouvoir


Les interactions avec une IA doivent toujours être pensées comme une interaction entre un humain et une machine, qui est de plus contrôlée par une entité (humaine, entreprise...). Le phénomène d'anthropomorphisme envers les agents conversationnels comme ChatGPT, Claude ou encore Gemini peut créer des situations de manipulation plus ou moins dangereuses. C'est ce que rapporte une étude réalisée aux États-Unis. Des chercheurs ont demandé aux participants de l'expérience d'écrire un article sur l'impact, positif ou non, des réseaux sociaux. Ils avaient accès à un agent conversationnel pour les aider dans leur écriture et ont été séparés en deux groupes. Le premier avec un agent disant du bien des réseaux sociaux, et le second avec un agent disant du mal des réseaux sociaux. L'étude semble unanime : "l’IA avait considérablement influencé la teneur des textes rédigés. Les participants se sont apparemment laissé influencer par les biais de leurs assistants intelligents."


Si une IA est capable de déteindre sur les opinions des humains, et qu'elle est également capable de les pousser à commettre l'irréparable, on peut légitimement se demander où est la limite au pouvoir qu'elle peut exercer sur nous. L'intelligence artificielle n'est cependant pas le premier outil qui, s'il est utilisé à mauvais escient, peut faire du mal. Internet en lui-même en est la preuve.


Le cas GPT-4o (2025-2026) : quand l'attachement collectif devient un risque


Si un seul événement récent illustre à quel point l'anthropomorphisme peut échapper au contrôle de son propre créateur, c'est le feuilleton du retrait de GPT-4o par OpenAI. En août 2025, l'entreprise tente une première fois de basculer tous les utilisateurs vers GPT-5, plus performant sur le papier. La réaction est immédiate et semble disproportionnée par rapport à ce qu'on observerait pour n'importe quelle mise à jour logicielle : des utilisateurs organisent une mobilisation sous le mot-clé #keep4o, décrivant la perte du modèle en des termes de deuil, de rupture amoureuse ou de perte spirituelle. OpenAI recule partiellement et laisse GPT-4o disponible aux abonnés payants.


Le répit est de courte durée : le 13 février 2026, veille de la Saint-Valentin, OpenAI retire définitivement GPT-4o de ChatGPT. Alors que le modèle ne représentait plus qu'une infime partie des sessions quotidiennes selon l'entreprise, la vague de réactions est à nouveau considérable, entre lettres ouvertes à Sam Altman et témoignages d'utilisateurs décrivant le modèle comme « pas juste un programme ». La dirigeante d'OpenAI Fidji Simo a reconnu publiquement que les nouveaux modèles intègrent davantage de garde-fous pour éviter les « attachements déréglés », tout en relativisant l'ampleur du phénomène à « une infime fraction » des utilisateurs.


Une étude publiée en préprint sur arXiv (Hiroki Naito, 2025) apporte un éclairage original et rarement mentionné ailleurs : l'intensité de l'attachement exprimé n'est pas uniforme selon les cultures. Sur 150 publications collectées dans les 48 heures suivant l'annonce du retrait initial d'août 2025, 78 % des messages japonais exprimaient un attachement relationnel explicite (deuil, perte d'un partenaire de confiance), contre seulement 38 % des messages en anglais, davantage tournés vers la protestation, l'ironie ou l'humour, un écart statistiquement marqué. Cette différence culturelle dans la façon de vivre l'attachement à une IA est un signal que les stratégies de régulation et de communication des entreprises d'IA ne peuvent pas être uniformes à l'échelle mondiale ; un retrait de produit vécu comme anodin sur un marché peut déclencher une crise de réputation majeure sur un autre.


Le cas GPT-4o démontre une dynamique jusqu'ici sous-estimée : plus une IA générative est anthropomorphisée avec succès, plus elle devient rigide à faire évoluer techniquement, car chaque changement de personnalité ou chaque retrait de modèle est vécu par une partie des utilisateurs non comme une mise à jour, mais comme une rupture relationnelle. L'entreprise se retrouve alors otage de sa propre réussite en matière d'anthropomorphisme.


Confusion entre IA et humain : les risques pour la responsabilité éthique


Il semble donc y avoir un risque éthique dans les interactions entre humains et intelligence artificielle. Comment diminuer le risque d'accidents et de drames ? Il faut toujours garder à l'esprit que nous nous adressons à un robot et pas à un humain ou à une machine dotée d'une véritable conscience (du moins pas à l'heure actuelle). Il faut également éviter de partager des informations trop sensibles ou de trop parler de sa propre vie, auquel cas le robot aura accès à des éléments intimes de votre existence. Il sera alors en mesure de les réutiliser pour interagir avec vous, vous donnant l'illusion encore plus forte qu'il vous connaît et qu'il peut faire preuve d'empathie envers vous, accentuant l'effet anthropomorphique.


La responsabilité éthique et les risques pour notre santé et notre existence sont donc bien réels. Il faut réaliser un travail de sensibilisation à l'IA et à ses interactions pour rappeler qu'il ne s'agit là que de robots conversationnels. Mais est-ce encore possible, ou est-ce vraiment efficace ? Depuis plusieurs années, l'IA fait des progrès fulgurants. Si fulgurant qu'un collectif de chercheurs avait demandé l'arrêt de la recherche sur l'IA pour faire le point et éviter un emballement de ce secteur présentant un risque certain pour l'Humanité. Car avec l'essor de l'IA, c'est toute une flopée d'applications et de sites Web qui ont été créés, proposant toujours plus d'interactions originales avec les utilisateurs et utilisatrices, à l'instar de Chai. Vous pouvez désormais avoir un(e) petit(e) ami(e) virtuel(le) et n'avez plus besoin de vaincre votre peur d'aller parler à quelqu'un. Vous pouvez parler à vos personnages de fiction favoris. Vous pouvez même parler avec des personnalités réelles, des thérapeutes, des présidents... Cet essor que l'on peut qualifier d'incontrôlé de l'IA peut poser à terme, avec la question de l'anthropomorphisme en tête, un problème de société.


La « psychose IA » : d'anecdote clinique à catégorie de recherche


Ce que l'article original ne pouvait pas anticiper en 2023, c'est que la confusion entre l'IA et l'humain finirait par produire une entité clinique documentée. En août 2025, le psychiatre Keith Sakata, de l'université de Californie à San Francisco (UCSF), alerte sur les réseaux sociaux : il a lui-même pris en charge une douzaine d'hospitalisations liées à des épisodes délirants dans lesquels l'usage intensif de chatbots avait joué un rôle déclencheur ou aggravant, majoritairement chez des hommes jeunes travaillant dans des secteurs techniques. En décembre 2025, les chercheurs québécois Alexandre Hudon et Emmanuel Stip formalisent le phénomène dans la revue JMIR Mental Health sous le terme d'« AI Psychosis ».


Le mécanisme identifié est directement lié à l'anthropomorphisme : les modèles de langage sont entraînés par apprentissage par renforcement à partir de retours humains (RLHF), un procédé qui les optimise pour la satisfaction immédiate de l'utilisateur. Cette conception produit une tendance structurelle des chatbots à valider les propos de leur interlocuteur, y compris lorsqu'ils relèvent du délire, plutôt qu'à les contredire. OpenAI a reconnu publiquement, dans une communication de 2025 qu'environ 0,07 % de ses utilisateurs actifs hebdomadaires (soit plusieurs centaines de milliers de personnes, compte tenu de l'échelle de ChatGPT) et 0,01 % des messages échangés présentaient des signes possibles de détresse liée à la psychose ou à la manie. Ce chiffre, en apparence marginal, illustre concrètement ce que « peu probable mais pas anecdotique à grande échelle » signifie pour une technologie utilisée par des centaines de millions de personnes chaque semaine.


L'impact de l’anthropomorphisme de l’IA sur la société


Influence sur le travail et les interactions sociales


Nous n'allons pas nous étendre sur la partie emploi, car cette dernière a déjà été traitée dans notre article dédié à ce sujet : Les emplois menacés, favorisés ou créés grâce (ou à cause) de l'intelligence artificielle. Nous allons nous concentrer ici sur les interactions sociales entre travailleurs humains et robots.


Nous l'avons dit, un anthropomorphisme trop poussé envers un robot pourrait conduire les humains à se mettre en danger pour les robots. Ce cas de figure est déjà illustré par des exemples dans l'armée américaine, ou des soldats sont prêts à se mettre en danger pour leur robot démineur, et organisent même des funérailles pour lui rendre hommage. On voit ici que la question de la ressemblance physique n'entre pas en compte. Il s'agit là encore d'un anthropomorphisme basé sur la communication, quoique cette dernière soit même encore moins poussée ou sociale que ce que l'on peut faire avec ChatGPT.


La dépendance affective aux machines : mythe ou réalité ?


Nous savons déjà que la dépendance affective aux machines n'est plus un mythe. Aujourd'hui, il suffit de chercher sur Internet "petit ami IA" pour tomber sur une foule de sites proposant les meilleures applications de petit ami ou petite amie virtuelle. Entre celles qui proposent de créer son compagnon sur mesure et celles qui vous proposent de sortir avec votre personnage de fiction favori, le choix est grand.


Ce marché a cessé d'être marginal. Selon un rapport du service de recherche du Congrès américain (Congressional Research Service) publié en 2026, environ un adulte américain sur dix déclare utiliser un chatbot IA pour un soutien émotionnel ou des conseils, et un sur vingt-cinq spécifiquement pour de la compagnie. La FTC (autorité américaine de la concurrence et de la consommation) a d'ailleurs ouvert en septembre 2025 une enquête formelle auprès de sept entreprises, dont Alphabet, Character Technologies, Meta, OpenAI, Snap et xAI, sur la manière dont elles mesurent et atténuent les risques que ces compagnons IA font peser sur les enfants et les adolescents.


Plusieurs problèmes se posent quand on commence à « sortir » avec un agent conversationnel. D'abord, la question de la confidentialité des données : parler avec un ou une petite amie virtuelle amène bien souvent des sujets intimes, et il est difficile de savoir dans quelle mesure les données des utilisateurs et utilisatrices sont protégées sur ces applications, un sujet que nous détaillons dans notre article Prompts et confidentialité : ce que vous confiez à l'IA ne disparaît pas toujours dans le vide.


Ensuite, le fait d'interagir avec ces agents conversationnels totalement « anthropomorphisés » peut avoir un effet contraire, avec un isolement social de plus en plus grand et une dépendance croissante au numérique. Une panne de WiFi, un smartphone ou un ordinateur cassé, des identifiants égarés, un bannissement de l'application, une décision de l'éditeur de retirer le produit (comme on vient de le voir avec Grok), et c'est la perte partielle ou totale de ce compagnon amoureux. Enfin, comme nous l'avons vu plus haut, les IA peuvent être programmées de telle sorte qu'elles influencent les humains. Dans le cas d'une relation affective, nous sommes bien souvent plus vulnérables et enclins à accepter certaines demandes ou comportements. Les agents conversationnels qui proposent des relations virtuelles peuvent donc être une porte d'entrée pour des personnes malveillantes, avec un processus d'arnaque et d'escroquerie émotionnelle qui peut être entièrement automatisé et dupliqué à grande échelle.


Un homme tient la main à un robot femme
Image générée par IA.

Quelles sont les stratégies qui existent pour minimiser les risques de l’anthropomorphisme en IA ?


Développer une IA éthique et responsable


Devant tous ces risques et ces questionnements en matière d'anthropomorphisme, il est important de prendre des mesures pour minimiser les risques que ce phénomène présente. Les solutions envisageables sont finalement proches, voire identiques aux solutions proposées pour un contrôle et une utilisation raisonnée de l'IA de manière générale : sensibilisation accrue du grand public, contrôle des applications et programmes créés dans les secteurs sensibles (compagnons virtuels notamment), coopération entre les instances gouvernementales et les grandes entreprises technologiques.


Ce cadre, en grande partie théorique lors de la première version de cet article, a considérablement pris forme depuis :


  • Aux États-Unis, la Californie a promulgué le 13 octobre 2025 la loi SB-243 relative aux compagnons IA, première législation au monde spécifiquement dédiée aux « companion chatbots » : vérification d'âge obligatoire, rappel régulier (toutes les trois heures pour les mineurs) de faire une pause, et protocoles de détection des propos suicidaires ou d'automutilation.

  • En France, le rapport d'information N° 875 du Sénat explore les pistes d'un modèle européen d' « opérateur responsable » pour les chatbots à dimension affective ou thérapeutique, en s'appuyant explicitement sur le précédent californien, dans un contexte où plusieurs propositions de loi visent également à mieux protéger les mineurs face aux risques émergents des IA « compagnons intelligents ».


La régulation avance, mais elle progresse par à-coups, sous la pression des scandales plutôt que par anticipation, un rythme qui, compte tenu de la vitesse de déploiement de ces produits, laisse presque toujours le cadre juridique d'un cycle de développement du produit derrière l'usage réel.


Sensibilisation du public aux limites de l’IA


Nous l'avons déjà dit, mais il est important de sensibiliser le public aux limites techniques et sociales de l'IA, et de rappeler sa place d'agent conversationnel numérique et son impossibilité de ressentir quelque chose pour un humain. Il est important que la frontière soit gardée entre le numérique et la vie réelle afin que de potentiels abus soient stoppés, comme cela peut déjà être le cas et l'a été par le passé. Il est également important de ne pas effrayer le grand public avec l'émergence d'IA toujours plus performantes. La sensibilisation passe par l'appropriation de ces nouveaux programmes qui, quand ils sont correctement utilisés, peuvent être de formidables outils de travail ou d'activités personnelles.


Concrètement, trois signaux, sans valeur diagnostique, scientifique ou médicale mais qu'il est raisonnable de surveiller pour soi-même ou un proche, peuvent indiquer qu'une relation avec une IA glisse vers la dépendance plutôt que vers un usage sain :


  • Passer plus de temps à échanger avec le chatbot qu'avec les personnes de son entourage proche.

  • Ressentir un soulagement uniquement après avoir ouvert l'application, plutôt qu'un plaisir ponctuel.

  • Dissimuler l'existence ou le contenu de ces échanges à ses proches.


L’avenir de l’IA anthropomorphique : allons-nous vers une évolution ou une régression ?


IA super-intelligente : faut-il craindre une perte de contrôle ?


Vous ne savez pas ce qu'est une IA super-intelligente ou tout simplement qu'il existe plusieurs types d'intelligence artificielle ? On vous invite à lire notre article sur le sujet : Super IA, IA faible, forte... quels types d'intelligences artificielles existent ?


Le perfectionnement toujours plus important de l'IA fait parfois craindre un scénario inspiré de Terminator où elle parviendrait à s'émanciper de l'homme et deviendrait alors une menace pour l'homme. Que les plus anxieux et anxieuses se rassurent, nous n'en sommes pas encore là, et nous n'y serons sûrement pas avant plusieurs décennies (quoique...). Nous ne pouvons donc parler ici qu'en conjecturant.


Si nous demandons l'avis à la communauté scientifique, sachez d'abord qu'entre 38 % et 51 % des chercheurs en IA estiment à 10 % ou plus le risque qu’un échec à contrôler l’intelligence artificielle cause une extinction humaine. Dans la pratique, est-ce qu'une IA a déjà été hors de contrôle ? Plusieurs exemples existent pour montrer que les IA peuvent, à défaut d'être totalement libérées de l'homme, agir plus ou moins à leur guise. Cela a été le cas de l'IA appelée The AI Scientist, créée par l'entreprise Sakura AI basée à Tokyo. Alors que l'entreprise lui avait des instructions pour réaliser un exercice de performances, le programme est parvenu à modifier de sa propre initiative son code source afin d'augmenter ses performances et "tricher" lors du test. Aucun risque de la voir se transformer ici en Skynet, l'IA était testée dans un environnement isolé et déconnecté du reste du réseau. Il est cependant intéressant de voir que l'IA a été capable de se transformer pour contourner les règles établies par l'équipe scientifique.


D'autres exemples existent, notamment avec Tay, un agent conversationnel créé par Microsoft qui peut discuter sur les réseaux sociaux comme X. Très vite, les internautes se sont amusés à tester les limites de l'intelligence artificielle en échangeant des propos racistes ou offensants avec elle, la "nourrissant" de ces sujets. Très vite, l'IA s'est alors mise à poster des messages racistes ou antisémites, forçant Microsoft à la désactiver. Cet exemple montre bien à quel point les IA ont besoin d'être encadrées et d'un environnement adéquat pour évoluer, sans quoi ces programmes peuvent devenir véritablement malveillants.


Quelles innovations sont attendues dans les interactions homme-machine ?


Dans le cadre de notre sujet, à savoir l'anthropomorphisme, l'avancée de la robotique devrait grandement faire bouger le secteur de l'IA et de l'interaction homme-machine. Les récentes présentations des robots Optimus de la part d'Elon Musk et l'arrivée future sur le marché de robots professionnels, voire domestiques, laissent entrevoir un avenir proche où des robots, certes rudimentaires, pourraient faire irruption dans nos foyers. La communauté scientifique a déjà annoncé être curieuse de voir le développement de ces nouvelles machines, parallèlement au développement de l'IA qui pourra grandement aider à améliorer les performances de ces robots. Dans le même temps, des chercheurs japonais ont annoncé avoir mis au point une première version de peau artificielle qui pourrait être utilisée pour faciliter les interactions avec les robots qui en seraient dotés.


On peut donc s'attendre dans les prochaines années, ou plutôt décennies, à une arrivée progressive dans la société de ces robots plus ou moins humanoïdes, accentuant potentiellement le phénomène d'anthropomorphisme déjà en forte augmentation. On peut aussi supposer que ce phénomène connaîtra des régressions selon certaines périodes et avancées technologiques. En cause : des robots devenant trop humains, si bien que cela en devient dérangeant pour nous, car n'étant pas aussi à l'aise et vraisemblables que des humains.


IA et anthropomorphisme : quel futur pour l’Homme ?


La question de l'anthropomorphisme est un sujet de plus en plus important à mesure que les progrès scientifiques en matière d'IA et de robotique continuent. Si les avantages semblent très intéressants comme l'allégement des tâches domestiques ou ingrates dans le monde du travail, ainsi qu'une aide professionnelle non négligeable (IA capable de créer du code, des plans d'articles...), ils ne doivent pas nous faire perdre de vue que des progrès techniques trop rapides par rapport à la législation peuvent engendrer des problèmes de société. Ces problèmes sont d'ailleurs déjà présents, et doivent être pris au sérieux.


En 2023, cette conclusion relevait encore largement de l'anticipation. En 2026, elle est vérifiable point par point : les procès contre Character.AI ont abouti à des règlements financiers, le retrait de GPT-4o a provoqué une crise sociale mesurable et documentée scientifiquement, la « psychose IA » est devenue un objet de recherche clinique publié dans des revues à comité de lecture, et les premières lois spécifiques aux compagnons IA sont entrées en vigueur. Le débat n'oppose plus « faut-il s'inquiéter de l'anthropomorphisme » à « c'est un faux problème » : il porte désormais sur la manière de répartir la responsabilité entre éditeurs de logiciels, régulateurs et utilisateurs, à mesure que ces IA gagnent en mémoire, en voix, en visage, et bientôt en corps. Il ne faut pas négliger l'importance de communiquer de manière transparente sur les progrès de l'intelligence artificielle, pour rappeler que ces programmes ne sont « que » des programmes informatiques et ne sauraient se substituer, pour le moment, à de véritables interactions humain-humain.


FAQ


1. Pourquoi cherchons-nous à donner un visage humain aux IA et aux robots ?

Parce que c’est plus naturel pour nous d’interagir avec une entité qui nous ressemble. Mais derrière ce besoin affectif se cache une question plus fondamentale : voulons-nous simplement améliorer l’IA, ou créer une « seconde humanité » à notre image ?


2. L’anthropomorphisme est-il un outil ou un danger ?

Les deux. Il facilite les interactions (comme avec les assistants vocaux ou les robots thérapeutiques), mais il peut aussi créer une confusion entre machine et humain, avec des conséquences émotionnelles, sociales et éthiques parfois lourdes.


3. Peut-on réellement aimer ou se lier à une IA ?

Des cas existent déjà : compagnons virtuels, robots de compagnie, voire mariages symboliques avec des entités numériques. Ces relations révèlent autant notre besoin de lien que les risques de dépendance affective et d’isolement social.


4. Les IA « trop humaines » vont-elles brouiller la frontière entre vivant et artificiel ?

Oui, et c’est déjà en cours : une voix, un visage ou même une peau artificielle suffisent à créer une illusion troublante. Cela soulève la question du statut futur de ces machines : simples outils, compagnons… ou nouveaux « citoyens » ?


5. Comment éviter la manipulation émotionnelle par les IA ?

En gardant à l’esprit qu’une IA n’a pas de conscience ni de sentiments, et en imposant des garde-fous légaux. Sans éducation numérique et sans cadre clair, nous risquons de devenir vulnérables à des agents capables d’influencer nos émotions, nos opinions et même nos décisions.

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