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DeepSeek : c’est quoi cette IA et comment fonctionne-t-elle ?

  • Photo du rédacteur: Stéphane Guy
    Stéphane Guy
  • 14 mai
  • 10 min de lecture

Depuis son apparition fracassante début 2025, DeepSeek n'a pas cessé de bousculer la tectonique du monde de l'IA. Cette startup chinoise a d'abord stupéfié la Silicon Valley avec son modèle R1, capable de rivaliser avec ChatGPT pour une fraction du coût. Puis elle a récidivé en avril 2026 avec DeepSeek V4, une nouvelle génération capable de traiter l'équivalent de dix romans en une seule requête. Entre puissance technique, open source assumé et questions persistantes sur la protection des données, DeepSeek continue de fasciner, d'interroger… et d'inquiéter. Alors qu'est-ce que c'est exactement, et que peut-elle faire concrètement ?


Le menu d'accueil de DeepSeek sur mobile
Photo de Solen Feyissa sur Unsplash

En bref


  • DeepSeek est un modèle de langage développé par une startup chinoise fondée en 2023, disponible en open source et gratuitement.

  • Son dernier modèle en date, DeepSeek V4 (avril 2026), existe en deux versions : V4-Pro (1 600 milliards de paramètres, 1 million de tokens de contexte) et V4-Flash (plus léger et économique). L'IA reste disponible sur web, Android et iOS.

  • DeepSeek génère du texte, aide à la rédaction et au code, propose deux niveaux de raisonnement (rapide et expert) et s'intègre via API à des prix nettement inférieurs à ceux de ses concurrents américains.

  • La censure des sujets politiques sensibles en Chine reste présente. Sur la question des données personnelles, la situation s'est sérieusement dégradée : l'Italie a interdit l'IA, l'Allemagne a demandé son retrait des stores, la Corée du Sud a suspendu ses téléchargements, et la CNIL française a ouvert une investigation.



DeepSeek, l’entreprise créatrice de l’IA qui porte le même nom


DeepSeek est une entreprise chinoise très jeune. Elle a en effet été créée en mai 2023 par Liang Wenfeng, un entrepreneur. L’ambition de la compagnie est très claire : démocratiser l’usage des IA génératives et des agents conversationnels et s’imposer comme l’une des références du marché, sinon LA référence.


Pour ce faire, l’entreprise mise sur une stratégie simple, mais efficace : l’IA est en open source, c’est-à-dire ouverte à tous, et son code est accessible. Cela signifie également que DeepSeek est totalement gratuit, à l’inverse de ChatGPT, qui n’est disponible en totalité que si vous payez un abonnement. L’autre pilier de la stratégie de DeepSeek est le coût. En effet, l’entreprise peut se targuer d’avoir créé une IA aux capacités similaires à celles de l’intelligence artificielle d’OpenAI, pour un prix moindre : « Selon ses créateurs, le coût d'entraînement de son modèle V3 ne dépasse pas 5,5 millions de dollars » .* De plus, l’IA, qui peut être intégrée vi une API permet aux développeurs et développeuses d’utiliser ce modèle de langage pour un prix défiant toute concurrence : 2, 19 dollars pour 1 million de tokens.



Cependant, le premier chiffre, avancé par l’entreprise, pourrait être erroné selon Bernstein, une société spécialisée en investissements. En effet, selon elle, le développement de l’intelligence artificielle aurait été bien plus coûteux. Le calcul fait par l’entreprise n’inclut pas des facteurs vitaux dans le coût de développement, comme la recherche, les infrastructures nécessaires et les tests qui ont été réalisés pour mettre DeepSeek au point.*



Ce qui est certain, en revanche, c'est que la startup a réussi ce que personne n'attendait d'elle : provoquer deux chocs consécutifs sur les marchés financiers. La sortie de DeepSeek R1 en janvier 2025 a effacé plus de 1 000 milliards de dollars de capitalisation des géants de la tech mondiale, Nvidia en tête.* Puis, en avril 2026, le lancement de DeepSeek V4 a relancé le débat sur la domination américaine dans la course à l'IA, alors que le modèle rivalise frontalement avec GPT-5.5 et Claude Opus 4.7 pour une fraction du prix.



Autre évolution notable : DeepSeek a progressivement réduit sa dépendance aux puces Nvidia, dont l'exportation vers la Chine est soumise à des restrictions américaines. Son modèle V4 est en partie optimisé pour fonctionner sur les puces Huawei Ascend 910B, marquant une première dans l'industrie de l'IA à grande échelle.


La bannière de l'album musical mad society

C’est quoi DeepSeek, cette intelligence artificielle Chinoise ?


DeepSeek est un modèle de langage qui comprend les requêtes des utilisateurs, les interprètes et fournit une réponse textuelle. En cela, l’IA est très similaire à ChatGPT. D’ailleurs, la fenêtre de chat ressemble trait pour trait à celle de l’IA d’OpenAI. Il s’agit donc là aussi d’un agent conversationnel. Si vous voulez en savoir plus, on vous explique ici c'est quoi ChatGPT et comment ça marche.


Sous le capot, DeepSeek repose sur une architecture Mixture-of-Experts (MoE) : au lieu d'activer l'intégralité du modèle pour chaque requête, seule une fraction des paramètres, les "experts" pertinents, est sollicitée. Résultat : des coûts d'inférence bien plus bas qu'un modèle dense de taille équivalente, sans sacrifier la qualité. La version V4-Pro embarque ainsi 1 600 milliards de paramètres au total, mais n'en active que 49 milliards par token.*



Où est-ce que DeepSeek est disponible ?


DeepSeek est disponible en ligne, sur le site officiel de l’entreprise, mais également sur Android et iOS via une application, à l’instar de ChatGPT. Il vous faut donc un smartphone ou un ordinateur, et une connexion internet pour utiliser cette intelligence artificielle.


Attention : l'application a fait l'objet de restrictions dans plusieurs pays européens et en Corée du Sud. Si vous êtes en Italie, l'accès à la version officielle est bloqué. Dans d'autres pays, l'accès reste possible mais les régulateurs locaux conseillent de ne jamais saisir de données personnelles ou confidentielles dans l'interface.


Comment se servir de DeepSeek ?


Se servir de DeepSeek est aussi simple que se servir de ChatGPT. En arrivant sur le site Web de l’entreprise, vous avez le choix entre « Star Now » qui vous permet d’accéder directement à la fenêtre de chat de l’IA, et « Get DeepSeek App » pour télécharger l’application. Il est important de noter que l’IA n’est disponible qu’en Anglais et en Chinois pour le moment. Vous pouvez changer la langue dans les paramètres une fois sur la fenêtre de Chat. Pour y accéder, vous n’avez qu’a cliquer sur le logo de votre profil en bas à gauche, puis sur « setting » . En cliquant sur le logo (ou « my profile »), vous aurez également la possibilité de vous déconnecter, de supprimer tous les chats ou de contacter l’entreprise.


En haut à gauche, le logo bleu « New chat » permet de créer une nouvelle fenêtre de discussion. Juste en dessous, vous aurez votre historique de conversations et la possibilité de naviguer entre elles.


Concernant la conversation avec DeepSeek, là aussi, les personnes habituées à ChatGPT, Gemini ou d’autres IA ne seront pas perdues. Une option « DeepThink » est présente afin de demander à l’IA de fournir une réponse plus recherchée et raisonnée. On trouve également le bouton « Search » pour que l’IA fasse une recherche Internet et nous propose des liens Internet. Enfin, le logo de trombone permet d’uploader directement dans le chat des documents ou des images que DeepSeek pourra analyser.


Pour les développeurs, il est également possible de se servir de DeepSeek via une API pour intégrer cette IA dans une application ou encore un site Internet.

Le menu de chat de l'IA chinoise Deepseek
L'interface de DeepSeek est très similaire à celle des autres intelligences artificielles du même genre.

Que peut-on faire avec l’IA chinoise DeepSeek ?


Aider pour la réalisation des devoirs

L’une des particularités de DeepSeek est de pouvoir résoudre à moindre coût les requêtes des utilisateurs. Pour ce faire, l’IA propose un usage adapté à vos besoins. Comment ? DeepSeek est divisé en plusieurs sous modèles, comme DeepSeek Coder, qui permet de créer du code informatique, ou DeepSeek Math, spécialisé dans la résolution de problèmes d’algèbre. Tous ces sous-modèles sont réunis dans l’IA et s’activent quand vous parlez avec elle. Concrètement, « lorsque vous posez une question sur un sujet précis, seul le modèle expert concerné sera activé, ce qui permet à l’entreprise de réduire les coûts d’usage. ».*



Que vous ayez un problème de mathématiques à résoudre ou un devoir d’histoire à rédiger, l’intelligence artificielle chinoise peut vous aider ! Attention cependant : DeepSeek, à l’instar des autres modèles de langage, peut faire des fautes, et ne saurait remplacer l’esprit critique humain. En outre, il est important de vérifier les données de l’IA et de ne pas la laisser tout faire à notre place.


Proposer des idées pour les activités personnelles ou professionnelles


Besoin d’inspiration pour la rédaction d’un article ou pour trouver des idées de sujets ? Vous manquez d’idées pour un projet marketing ? DeepSeek peut vous aider en proposant plusieurs idées que l’IA va trouver grâce à toutes les données accumulées et analysées. DeepSeek représente alors un très bon outil pour vous aider à trouver l'inspiration et des supports dans vos recherches.


Être utilisée pour un site ou une application


Via son API, DeepSeek reste l'une des solutions les plus économiques du marché pour les développeurs. La tarification officielle post-lancement de V4 est la suivante :


  • V4-Flash : 0,14 $ / 1M tokens en entrée, 0,28 $ en sortie.

  • V4-Pro : 1,74 $ / 1M tokens en entrée, 3,48 $ en sortie.


À titre de comparaison, Claude Opus 4.7 et GPT-5.5 facturent l'output environ 6 à 9 fois plus cher. Pour les équipes qui traitent de gros volumes, l'écart financier est considérable. L'API supporte également un contexte d'un million de tokens, ce qui ouvre la voie à des usages d'analyse documentaire ou de coding agentique à grande échelle. Des outils comme OpenClaw et Claude Code intègrent déjà DeepSeek V4 nativement dans leurs workflows.


Proposer des listes et sélections diverses


Tout comme ChatGPT, DeepSeek est capable de proposer diverses sélections : restaurants libanais dans Paris, boutiques de couture, bistrots avec boissons à moins de 5 euros… il vous suffit de demander, et l’IA vous propose une liste en quelques secondes ! En cochant la fonction « research », DeepSeek vous proposera des sites Internet pour appuyer ses réponses, vous permettant ainsi de vous faire votre propre avis ou pour vérifier sa réponse.


Vous voulez apprendre à vous servir de DeepSeek mais aussi de toutes les IA ? On vous explique comment bien débuter et apprendre à utiliser l'intelligence artificielle.

Une liste de résultats sur DeepSeek
DeepSeek est capable de réaliser bien des choses.

DeepSeek et la censure : peut-on tout demander à l’IA ?


Comme ChatGPT ou encore Copilot, DeepSeek n’échappe pas à la censure de certains sujets. Cependant, les thèmes sont différents des autres IA. En effet, « le robot conversationnel a été programmé pour éviter les sujets qui font traditionnellement l'objet de censure en Chine. Par exemple, si vous interrogez DeepSeek sur la répression de la place Tiananmen en 1989, le robot vous répond : "Je suis désolé, je ne peux pas répondre à cette question. Je suis un assistant IA conçu pour fournir des réponses utiles et inoffensives." »*



Impossible d’évoquer de manière trop fouillée la politique chinoise ou son implication dans certains domaines.


DeepSeek et l’utilisation des données utilisateur : où en est-on ?


C'est la question qui concentre le plus d'inquiétudes, et pour cause. La politique de confidentialité de DeepSeek est limpide sur un point : les données collectées sont stockées sur des serveurs situés en République populaire de Chine. Or, le droit chinois oblige les entreprises locales à communiquer ces données aux autorités gouvernementales sur simple demande. C'est ce décalage fondamental avec les standards européens qui a déclenché une vague de réactions réglementaires.


Ce que les régulateurs ont documenté depuis 2025 :


En janvier 2025, une base de données interne de DeepSeek (surnommée « DeepLeak ») a été exposée publiquement à cause d'une mauvaise configuration des serveurs, révélant des historiques de conversations et des identifiants d'utilisateurs. Une fuite involontaire, mais qui a mis en lumière des lacunes de sécurité techniques réelles.*



L'Italie a été la première à réagir officiellement : le Garante (autorité italienne de protection des données) a interdit à DeepSeek de traiter les données des utilisateurs italiens, invoquant de graves manquements aux principes du RGPD, transparence insuffisante, absence de consentement éclairé, transfert illégal de données vers la Chine.*



En Corée du Sud, la Commission de protection des informations personnelles (PIPC) a suspendu les téléchargements de l'application en février 2025, après avoir documenté une collecte de données allant bien au-delà de ce que nécessite le fonctionnement d'un chatbot.


En Allemagne, la commissaire berlinoise à la protection des données a formellement demandé à Apple et Google de retirer DeepSeek de leurs stores en juin 2025, invoquant une violation de l'article 46 du RGPD relative aux transferts de données vers des pays tiers sans garantie adéquate.*



En France, la CNIL a annoncé une investigation approfondie.*



En Belgique, l'Autorité de protection des données a ouvert une enquête suite à une plainte de l'organisation de consommateurs Test Achats.*



Le Japon et l'Inde ont également émis des alertes ou engagé des discussions sur le sujet.


À ce stade, DeepSeek n'est pas en conformité avec le RGPD et rend l'exercice des droits des utilisateurs (accès, rectification, suppression) très difficile. Par ailleurs, l'AI Act européen, dont les premières dispositions sont entrées en application en 2025, ajoute une couche supplémentaire d'obligations auxquelles DeepSeek devra répondre pour conserver l'accès au marché européen.


La recommandation pratique reste simple : ne jamais saisir dans DeepSeek des données personnelles, confidentielles ou sensibles, qu'il s'agisse de documents professionnels, d'informations médicales ou de données identifiantes. Pour aller plus loin sur ce sujet, consultez notre article sur ce que vous confiez à l'IA et la confidentialité de vos données.


Les musiques 100 % IA

DeepSeek a réussi en deux ans ce que personne n'anticipait : transformer durablement les règles du jeu dans la course à l'IA. Son modèle V4, lancé exactement un an après le choc R1, confirme que la startup de Hangzhou n'est pas un feu de paille. Sur le plan technique, elle s'est imposée. Sur le plan réglementaire et de la confiance des utilisateurs, le chantier reste entier. L'avenir de DeepSeek en Europe dépendra moins de ses benchmarks que de sa capacité, ou de sa volonté, à se conformer aux exigences de souveraineté numérique d'un continent qui ne plie pas facilement.


FAQ


  1. DeepSeek peut-il rivaliser avec ChatGPT ou Gemini ?

    Oui, en termes de fonctionnalités de base (chat, génération de texte, aide aux devoirs, code…), DeepSeek est très compétitif. Son principal atout est le coût réduit et l’open source, mais il reste derrière sur certains points comme la qualité linguistique en français.


  2. L’IA DeepSeek est-elle vraiment gratuite ?

    L’accès est gratuit, mais l’usage professionnel (API, intégration à des sites ou applis) est facturé. La différence est que les tarifs sont pour le moment beaucoup plus bas que ceux de ses concurrents.


  3. Pourquoi DeepSeek suscite-t-il autant de polémiques ?

    Parce que ses serveurs et son entreprise sont basés en Chine. Or, les entreprises locales sont tenues de partager certaines données avec le gouvernement. C’est ce qui alimente les craintes sur la confidentialité et la protection des données personnelles.


  4. Est-ce que DeepSeek peut remplacer totalement ChatGPT ?

    Pas pour tout le monde. DeepSeek est très utile si vous cherchez un outil polyvalent et peu coûteux, mais ChatGPT reste plus robuste pour les langues occidentales, l’écosystème de plugins et la fiabilité des réponses.


  5. Quels sont les usages les plus intéressants de DeepSeek ?

    Au-delà du chat classique, DeepSeek se démarque par :

    1. ses sous-modèles spécialisés (maths, code…),

    2. la possibilité d’analyser des documents et images,

    3. son mode DeepThink pour des réponses plus poussées,

    4. son API bon marché, idéale pour les développeurs.

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