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Dépendance aux IA étrangères : la souveraineté se mesure à la sortie de secours

Photo du rédacteur: Stéphane Guy
Stéphane Guy
il y a 8 heures
11 min de lecture

Mi-juin 2026, l'accès à deux des modèles d'IA les plus puissants du marché a été suspendu pour tous les utilisateurs étrangers. Ni panne, ni cyberattaque : une directive du gouvernement américain. Environ deux semaines et demie plus tard, les restrictions étaient levées. Entre-temps, une question que les spécialistes posent depuis des années était devenue très concrète : que fait un pays quand l'IA dont il dépend appartient à quelqu'un d'autre ?


La souveraineté en matière d'IA, c'est la capacité d'un pays à continuer d'utiliser, de contrôler et de faire évoluer ces technologies même si un fournisseur étranger change de règles, de prix ou de politique. Et la dépendance devient un risque quand une seule décision prise hors de vos frontières peut interrompre un service critique : un hôpital, une administration, une armée. Aujourd'hui, la Commission européenne le reconnaît elle-même : sa vice-présidente Henna Virkkunen a rappelé que « 80 % des technologies viennent de l'extérieur de l'Europe », dans un article d'Euronews consacré au nouveau paquet européen sur la souveraineté technologique. Bonne nouvelle : on peut réduire ce risque sans fabriquer un « ChatGPT européen ». À condition de savoir où regarder.


Des drapeaux qui flottent
Photo de Saj Shafique sur Unsplash

En bref


  1. La dépendance se joue à quatre étages : les puces, le cloud, les modèles et les données. Un pays qui maîtrise un seul étage n'est pas souverain.

  2. Une IA étrangère peut être coupée par décision politique, comme l'a montré la suspension des modèles Claude Fable 5 et Mythos 5 en juin 2026.

  3. Le cloud est le maillon le plus négligé : selon Euronews, Amazon, Microsoft et Google pèsent 80 % du marché européen, et le Cloud Act américain s'applique même aux données stockées en Europe.

  4. Mistral AI, symbole de la souveraineté européenne, dépend encore largement des puces Nvidia et héberge désormais des modèles chinois. Le paradoxe est instructif.

  5. Le bon critère n'est pas « qui a fabriqué le modèle ? » mais « combien de temps pour changer de fournisseur si on nous coupe l'accès ? ».


Dépendre d'une IA étrangère : quatre étages, quatre fragilités


Quand on parle d'IA « étrangère », on pense tout de suite à l'assistant que l'on ouvre dans son navigateur. C'est la partie émergée. En dessous, il y a une pile.


Les puces d'abord. Les plus avancées, celles qui servent à entraîner et faire tourner les grands modèles, sont conçues aux États-Unis et fabriquées à Taïwan ou en Corée du Sud, rappelle Euronews. Le cloud ensuite, c'est-à-dire les centres de données où tout s'exécute. Les modèles, ces fameux modèles de langage (LLM) dont on parle tant. Et enfin les données et les usages : qui voit quoi, qui héberge quoi, sous quel droit.


Ce que cet article souhaite mettre en lumière, c’est que le débat public se concentre sur l'étage du modèle parce que c'est le plus visible et le plus « racontable ». Or, un pays qui posséderait un excellent modèle national, mais qui le ferait tourner sur des puces américaines dans un cloud américain, aurait surtout une belle façade. Le modèle est la couche la plus remplaçable. Les puces et le cloud, eux, le sont plus difficilement.


Mi-juin 2026 : quand la dépendance devient un fait d'actualité


Reprenons les faits. À la mi-juin 2026, Anthropic a désactivé l'accès à ses modèles Claude Fable 5 et Mythos 5 pour se conformer à une directive de l'administration américaine invoquant la sécurité nationale. Selon Le Monde, l'entreprise devait suspendre l'accès de tout ressortissant étranger, à l'intérieur comme à l'extérieur des États-Unis, y compris ses propres salariés non américains. D'après CyberScoop, le gouvernement s'était alarmé après un rapport d'Amazon évoquant un contournement des protections en cybersécurité de Fable, le modèle d’IA d’Anthropic. Les restrictions ont été levées fin juin et l'accès a repris à partir du 1er juillet.


Si la légitimité des préoccupations de sécurité invoquées peut être légitime, la façon dont l’arrêt de ces modèles d’intelligence artificielle est survenu pose question et montre un bel exemple pour notre sujet. Ce n'était pas une panne ou un incident de service. C'était une décision d'État, appliquée selon la nationalité de l'utilisateur, et aucun client étranger n'avait la moindre prise dessus. Entreprise française, ministère polonais ou start-up brésilienne : même position, à savoir spectateur.


Un cas isolé ? Pas vraiment. Un précédent existe et qui a marqué les responsables européens : après le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale visant Benjamin Netanyahu, l'administration américaine a sanctionné plusieurs responsables de la CPI, les coupant de services américains aussi banals (mais importants dans la vie quotidienne) que Visa ou Mastercard. Le mécanisme est le même. Seule l'échelle change : des personnes hier, des modèles d'IA aujourd'hui.


Le cloud, maillon oublié de la souveraineté


C'est ici que se cache la dépendance la plus sous-estimée. Amazon, Microsoft et Google représentent 80 % du marché européen du cloud, les fournisseurs européens restant aux marges. Or ces entreprises sont soumises au Cloud Act de 2018, qui permet aux autorités américaines d'exiger des données détenues par des sociétés sous leur juridiction, même stockées hors des États-Unis, rappelle L'Usine Digitale.


Le moment le plus parlant est venu du Sénat. En juin 2025, lors d'une audition de la commission d'enquête sur la commande publique, on a demandé au directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France s'il pouvait garantir, sous serment, que les données de citoyens français ne seraient jamais transmises à Washington sans l'accord des autorités françaises. Sa réponse, consignée dans le compte rendu du Sénat : « Non, je ne peux pas le garantir. ». Il a ajouté, à juste titre, que cela ne s'était encore jamais produit. Reste que, comme le souligne le rapport sénatorial, les rapports de transparence de Microsoft relèvent d'une démarche déclarative et n'offrent donc d'autre garantie que la confiance dans la bonne foi de l'entreprise. Une garantie morale, pas juridique.


Le Health Data Hub, un cas d’actualité


L'exemple français le plus concret est la plateforme des données de santé, créée en 2019 et hébergée depuis sur Azure, le cloud de Microsoft. Le ministère de la Santé a annoncé en avril 2026 avoir retenu Scaleway pour l'héberger : un hébergeur français qui dispose de serveurs en Europe (Paris, Amsterdam, Varsovie et Milan). Selon Le Monde Informatique, la migration est attendue entre fin 2026 et début 2027, à l'issue d'une affaire qui aura duré plus de sept ans. Retenez ce chiffre. Sept ans pour changer d'hébergeur, dans un pays qui avait une volonté politique, des recours devant le Conseil d'État et des alternatives nationales mûres. La souveraineté ne se décide pas le jour de la crise : elle se décide le jour où l'on signe, et où on a vraiment la volonté de changer. 


Bruxelles semble l'avoir compris. Le projet de loi présenté en juin 2026 introduit quatre niveaux de souveraineté numérique que les acheteurs publics devront prendre en compte selon la sensibilité de l'usage. L'objectif affiché : éviter un scénario de « kill switch », autrement dit, qu'un gouvernement étranger coupe l'accès à des hôpitaux ou à des avions de combat.


Les puces : la dépendance qu'on ne peut pas coder 


On peut remplacer un modèle en quelques semaines, et un hébergeur en quelques années. Une puce, c'est autre chose. L'Union européenne a signé la déclaration de la Pax Silica, une initiative menée par les États-Unis pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement en semi-conducteurs. Difficile de faire plus révélateur : pour réduire sa dépendance aux États-Unis, l'Europe se range derrière une initiative américaine. 


Tout n'est pas noir. L'Europe tient un point de passage que personne ne peut contourner : le néerlandais ASML détient un quasi-monopole sur les machines industrielles nécessaires à la production des puces informatiques avancées. Problème : l’Europe ne représentait en 2025… que 1% des ventes de l’entreprise, combinée avec le Moyen-orient et l’Afrique. C’est ASML elle-même qui a lancé cet avertissement pour mettre en lumière la difficulté du vieux continent à développer sa propre chaîne de production de semi-conducteurs, alors qu’une partie vitale de la production est sur son propre sol.


Mais posséder un élément vital de la chaîne de production permet déjà, en théorie, d’avoir un levier de négociation avec les autres partenaires de ladite chaîne. Le Japon a forgé un concept intéressant à ce sujet, celui d'« indispensabilité stratégique » : plutôt que de tout produire chez soi, contrôler quelques leviers dont les autres ne peuvent pas se passer permet déjà d’être soi-même indispensable. C'est peut-être à l’heure actuelle la doctrine la plus réaliste du lot. Elle explique aussi pourquoi ASML a investi 1,3 milliard d'euros dans Mistral AI en septembre 2025, en échange d'environ 11 % du capital. 


Une puce informatique
Photo de Slejven Djurakovic sur Unsplash

Mistral AI, ou le paradoxe du champion européen


Puisqu'on parle de Mistral : c'est l'entreprise que tout le monde cite quand on demande « et l'Europe, dans tout ça ? ». Début septembre 2026, elle a levé 3 milliards d'euros en série D, sur la base d'une valorisation supérieure à 21 milliards, dans un tour mené par Samsung Electronics, rapporte ChannelNews. Même source, autre chiffre : les valorisations d'Anthropic et d'OpenAI seraient respectivement de 965 et 852 milliards de dollars. L'écart d'échelle est écrasant.


Le plus intéressant est ailleurs. ChannelNews note que Mistral dépend toujours largement des GPU de Nvidia (également actionnaire), et que sa plateforme Mistral Compute s'ouvre à des modèles développés par d'autres acteurs, y compris des acteurs chinois, comme GLM de Z.ai. Pour le porte-drapeau de l'IA souveraine européenne, la scène est étonnante. Son PDG, Arthur Mensch, l'assume en défendant une autre définition : la souveraineté tient moins à l'origine du modèle qu'à la maîtrise de son déploiement, de l'infrastructure et des données. Un modèle étranger à poids ouverts, exécuté chez vous, ne vous rend pas dépendant de son concepteur.


L’argument paraît solide, et un peu commode à la fois. Solide, parce qu'il répond au critère de la sortie de secours : si je peux faire tourner ce modèle chez moi, on ne peut plus me le couper. Commode, parce qu'il déplace le problème vers l'infrastructure, c'est-à-dire précisément là où Mistral dépend encore de Nvidia. La définition élargit la notion de souveraineté, mais ne la résout pas. ChannelNews le formule d'ailleurs à sa manière : elle la rend plus relative.


Et les autres ? Pas seulement un duel États-Unis / Europe


Regarder ce sujet depuis Paris ou Bruxelles donne une vue déformée. D'après l'AI Index 2026 de Stanford, l'investissement privé américain dans l'IA a atteint 285,9 milliards de dollars en 2025, contre 12,4 milliards en Chine. Attention, prévient Stanford : ce chiffre sous-estime probablement la dépense chinoise, portée en grande partie par des fonds publics. Dans le chapitre recherche et développement, le rapport compte 59 modèles « notables » produits par les États-Unis en 2025, contre 35 pour la Chine. La production de modèles reste concentrée dans ces deux pays.


Pour un pays qui n'est ni l'un ni l'autre, le choix n'est donc pas « dépendre ou pas », mais « dépendre de qui, et à quelles conditions ». Et l'offre change. En effet, les modèles open source chinois (Qwen d'Alibaba, DeepSeek, Kimi de Moonshot) sont passés d'une part infime fin 2024 à près de 30 % de l'usage mesuré sur la plateforme début décembre 2025. 


Ces modèles à poids ouverts sont une vraie bouffée d'air frais pour un pays sans grand cloud : on télécharge, on héberge, on ne dépend plus d'une API. Mais ils déplacent la dépendance plutôt qu'ils ne la suppriment. Pour l'inférence, il faut toujours des puces. Pour la suite (mises à jour, versions suivantes), il faut que l'éditeur continue à publier. Et l'écart d'infrastructure reste immense d’une région du monde à une autre : selon une synthèse de l'université des Nations unies du rapport Stanford, l'Europe et l'Asie centrale sont passées de 3 à 44 clusters de supercalcul d'IA financés par l'État entre 2018 et 2025, quand l'Asie du Sud, l'Amérique latine et le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord en comptent chacune moins de dix.


Le « test du lundi matin » : un critère concret


Voici le test qu’on vous propose. Pour n'importe quel service d'IA dont vous dépendez (une administration, une PME, un hôpital), posez-vous quatre questions.


Que se passe-t-il si l'accès est coupé lundi à 9 h ? Si la réponse est « on s'arrête », vous avez un point de défaillance unique.


En combien de temps peut-on basculer ? Le Health Data Hub a mis plus de sept ans. Un simple changement de modèle sur une API standard peut prendre quelques jours, à condition d'avoir prévu la porte de sortie.


Qui peut lire nos données, et sous quel droit ? C'est le même sujet que celui des prompts et confidentialité, mais à l'échelle d'une organisation.


A-t-on un plan B qui a déjà tourné une fois ? Un plan de secours jamais testé est un problème potentiel le jour où il devra être déployé. 


Scénario fictif, pour fixer les idées. Une mairie de 40 000 habitants branche son assistant d'accueil (rendez-vous, état civil, démarches) sur l'API d'un modèle américain de pointe. Coût faible, résultats bons, tout le monde est content. Un lundi, l'accès est suspendu pour deux semaines et demie, comme en juin. La bonne architecture n'aurait pas été « tout en modèle souverain » : c'est un modèle à poids ouverts, moins brillant mais correct, hébergé chez un prestataire européen, prêt à prendre le relais pour les tâches courantes. On perd un peu de qualité, on garde un service.


Le compromis technique doit être dit franchement. Un modèle ouvert hébergé localement est presque toujours en retrait sur les tâches les plus difficiles par rapport aux modèles de pointe fermés. Il coûte en GPU et en compétences internes. L'approche raisonnable est hybride : les modèles de pointe pour ce qui n'est pas sensible, un modèle maîtrisé pour ce qui l'est.


Quel avenir à l'horizon 2030 ?


La vice-présidente de la Commission européenne Virkkunen vise des résultats visibles d'ici 2030 et prévient qu'on ne changera pas la donne du jour au lendemain. Reste à savoir dans quel monde ces résultats arriveront. Voici trois trajectoires possibles, avec notre propre pondération.


Des blocs étanches : États-Unis, Chine, et une Europe tentant de faire le troisième. C'est le scénario que l'on redoute, et il est peu probable dans sa version pure, parce que personne ne peut se permettre de perdre l'accès au marché européen.


Une interdépendance: chacun tient un point de passage (puces avancées pour les États-Unis, lithographie pour l'Europe, écosystème open source pour la Chine) et l'usage de ces leviers reste dissuasif. C'est pour le moment le scénario qui nous paraît assez plausible. Pas confortable, mais stable.


Une souveraineté par usage : les pays cessent de chercher l'autonomie globale et la construisent domaine par domaine, en commençant par la santé, la défense et la justice, où le niveau de sensibilité impose la maîtrise. C'est la voie que dessine le projet européen des quatre niveaux, et c'est la plus réaliste pour les pays qui n'ont pas les moyens d'un cloud national.


Conclusion : arrêtons de demander « qui a fabriqué le modèle ? »


La souveraineté totale en IA est un mythe, y compris pour les États-Unis, qui dépendent de Taïwan pour les puces, pour ne citer qu’eux. L'objectif réaliste réside ailleurs : dans la capacité à se passer d'un fournisseur sans que tout s'effondre. Le critère de la sortie de secours n'a rien de glamour, mais reste intéressant et mesurable. On peut l'exiger dans un appel d'offres, le tester en exercice, et le comparer d'un projet à l'autre.


Peut-être que, dans dix ans, on jugera que le vrai sujet n'était ni la puce ni le cloud, mais la dépendance et l’influence culturelle des modèles : des LLM entraînés ailleurs, sur d'autres corpus, avec d'autres valeurs par défaut, qui répondent chaque jour à des millions de personnes à notre place. Celle-là, aucun test du lundi matin ne la détecte. Et c'est peut-être la plus difficile à détecter et à corriger.


Un serveur informatique
Photo de Lightsaber Collection sur Unsplash

FAQ


  1. Qu'est-ce que la souveraineté en matière d'intelligence artificielle ?

    C'est la capacité d'un pays (ou d'une organisation) à utiliser, contrôler et faire évoluer des systèmes d'IA sans qu'une décision étrangère puisse les interrompre. Elle se joue sur quatre étages : puces, cloud, modèles et données.


  2. Pourquoi l'Europe dépend-elle autant des IA américaines ? 

    Parce que les grands acteurs du cloud (Amazon, Microsoft, Google) dominent le marché européen, que les puces avancées sont conçues aux États-Unis et que les investissements privés américains en IA ont atteint 285,9 milliards de dollars en 2025 selon Stanford, sans commune mesure avec l'Europe.


  3. Le Cloud Act permet-il vraiment aux États-Unis d'accéder à des données stockées en Europe ? 

    Oui, dans le cadre d'une injonction légale visant une entreprise soumise au droit américain. Microsoft France a reconnu devant le Sénat en juin 2025 ne pas pouvoir garantir le contraire, tout en affirmant qu'aucune demande de ce type n'avait concerné des clients européens jusque-là, selon ses propres rapports de transparence.


  4. Peut-on avoir une IA 100 % souveraine ? 

    Pratiquement aucun pays n'y parvient. Même l'Europe, qui contrôle le maillon ASML, dépend des États-Unis pour la conception des puces avancées. La stratégie réaliste consiste à maîtriser quelques points de passage et à garantir des solutions de repli.


  5. Mistral AI est-elle vraiment une IA souveraine ? 

    C'est une entreprise européenne, avec des capitaux majoritairement européens, mais qui dépend largement des puces Nvidia et qui héberge aussi des modèles chinois sur sa plateforme. Son PDG défend une définition de la souveraineté fondée sur la maîtrise du déploiement, pas sur l'origine du modèle.


  6. Les modèles open source chinois sont-ils une solution pour réduire la dépendance ? 

    Ils permettent d'héberger soi-même un modèle sans dépendre d'une API étrangère, ce qui est un vrai gain. Mais ils exigent des puces, des compétences et une confiance dans la continuité de publication de leur éditeur. Ils déplacent la dépendance plus qu'ils ne la suppriment.


  7. Que peut faire une entreprise ou une administration concrètement ? 

    Cartographier ses dépendances, tester un plan de bascule, exiger la réversibilité dans les contrats et réserver les modèles maîtrisés aux usages sensibles.


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